Le chanteur Rachid Taha est décédé

Une histoire qui chez lui a emprunté les chemins de la chanson, de la musique et de la poésie, toujours avec une incroyable modestie.

Originaire de bejaia par son père et de Mascara par sa mère, Rachid Taha, est né près d’Oran le 18 septembre 1958. Il vient de mourir dans la nuit du 11 au 12 septembre 2018, près le Paris, aux Lilas.

Sa carrière est indissociable de la première génération des enfants d’immigrés algériens installés en France et de leur prise de conscience politique, du refus d’accepter ce que les parents avaient accepté en terme de racisme et d’exploitation.

Après avoir grandi dans l’est de la France, il s’installe à Lyon en 1981. Il y travaille en usine. C’est à cette époque qu’il rencontre Mohammed et Moktar Amini avec qui il crée un groupe de rock aujourd’hui devenu mythique.

Carte de Séjour.

À cette époque, les conditions de vie des immigrés étaient dépendantes du titre de séjour qui bien souvent n’était accordé que pour un an, transformant la vie des immigrés en une espèce de loterie. Le nom du groupe est donc, en soi, fortement politique.

Car le groupe est né dans les années 80, quand émergeaient les premiers mouvements des quartiers qui ont abouti en 1983 à la « Marche pour l’Égalité », plus connue sous le pseudonyme médiatique de « Marche des Beurs », partie de Villeurbane, à côté de Lyon, à la suite d’un crime raciste. Rachid Taha, comme beaucoup, y participe.

Le groupe devient célèbre en France avec la reprise presqu’ironique en 1986 de la chanson Douce France de Charles Trenet.

Rachid continue sa carrière en solo, avec des hauts et des bas jusqu’à ce qu’en 1998 sorte l’album Diwan qui lui vaut, avec des reprises de Dahman El Arashi, de Farid El Atrache ou de Nass El Ghiwane, une véritable reconnaissance et l’installe durablement sur la scène musicale française puis internationale quand, en 2004, il reprend le titre des Clash, Rock in the Casbah.

Sa disparition à la suite d’une crise cardiaque nous offre, au delà de la tristesse, l’occasion de penser à celles et ceux qui, issus de l’émigration algérienne en France, se sont battus et se battent encore pour qu’y soient reconnues non seulement leur existence, mais également un histoire, un patrimoine culturel et plus généralement la dignité qui y a été refusée à leurs parents.

Enfin, on ne saurait rappeler que l’histoire de cette émigration vers la France, l’histoire de celles et ceux qui y sont nés, et jusqu’aujourd’hui le parcours parfois tragiques de ses haragas, est une histoire occultée, oubliée, effacée, niée en Algérie où le pouvoir aime à diviser et à entretenir l’idée d’une émigration privilégiée quand en réalité, pendant des décennies, elle a avant tout été synonyme de bidonvilles et de pauvreté, d’entassement dans des cités ghettos où le chômage côtoyait la drogue et l’abandon, et jusqu’à nos jours de ségrégation au travail, de contrôles et de bavures policières dans un climat fait d’islamophobie et de chasse au bouc émissaire.

Avec le départ de Rachid, c’est un peu de cette histoire qui s’efface et qui rend encore plus urgente la nécessité d’être racontée. Une histoire qui chez lui a emprunté les chemins de la chanson, de la musique et de la poésie, toujours avec une incroyable modestie.

Allah Yrahmou

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