Une si petite étoile pour un si grand pays…

Photo Madjid Ben Chikh 2013, Tokyo (CC-BY-NC-ND)
Photo Madjid Ben Chikh 2013, Tokyo (CC-BY-NC-ND)
Photo Madjid Ben Chikh 2013, Tokyo (CC-BY-NC-ND)

L’enfant tout juste sorti du ventre de sa mère n’est jamais bien photogénique, mais que ses parents l’aient conçu avec amour, et voilà qu’il développera tout ce que ses parents lui auront transmis, il deviendra fort, et beau InchAllah.
Ainsi en va-il de cette aventure qui commence et dont vous avez devant vous une ébauche. Un numéro zéro. Je le regarde, alors que toutes les pages sortiront à 16:00 heure d’Alger, et je suis tel un parent qui regarde son bébé à peine né avant qu’on lui coupe le cordon, allez, vit! Je suis traversé de doutes, vivra-t-il cette vie que je lui ai rêvé, d’une pointe de déception, il est si frêle, si maigre, si fragile, et en même temps d’une très grande fierté car tout, je dis bien tout, dans son si maigre contenu correspond à l’idée que je me faisais de lui.

Créer un site contributif, fait par ses lecteurs, sans moyens financiers, et en habitant si loin du pays auquel il s’adresse relève d’une sorte de cas clinique mégalomaniaque. Il y a tellement de monde, avec parfois tant de moyens, tant de relations. Moi, je n’ai que ma plume, ma curiosité, et cet amour si longtemps enfoui en moi pour l’Algérie que mon père m’a transmis et que la France, où je suis né, n’est jamais parvenue à effacer. Je suis donc, à l’heure où j’écris ces lignes, traversé de doutes. Je vous les confie, je n’aime pas les fausses pudeurs.

Il y a ensuite les imprévus d’une telle aventure, et les espoirs fous que l’on y place, tout rempli de l’énergie qui vous habite quand vous vous lancez. J’aurais aimé vous présenter Fatiha Hassanine, qui n’écrira pas pour ce numéro comme nous l’avions prévu, car dans une telle aventure reposant sur le bénévolat, les obligations professionnelles sont là, et il faut faire avec. Mais sans son énergie, sans son incroyable curiosité sur tout ce qui touche à la littérature, à notre histoire d’Algériens en générale, et d’émigrés en particulier, je n’aurais pas trouvé ce soutien indispensable des premiers moments. Voilà pourquoi je vous la présente car je ne doute pas un instant que vous pourrez la lire dans un prochain numéro. J’aurais aimé aussi vous présenter Olivier Hadouchi, que je connais depuis près de 15 ans, et avec qui ma première conversation de hasard, au cœur d’une manifestation, fut précisément l’Algérie. Des obligations l’ont également empêché d’être parmi nous, mais parce qu’il fut le premier à qui je me suis ouvert de ce projet, et parce qu’il m’est constamment revenu pour me dire où il en était, je le salue ici, ne doutant pas de vous faire partager son incroyable culture ainsi que son talent. Cette déception que je ne dissimule pas m’a conduit à douter, mais c’est aussi cela, la réalité du net contributif. Les rédacteurs ont parfois leurs propres obligations. Ce numéro zéro est donc plus mince que ne prévoyais, mais il n’en reste pas moins fort de la présence à venir, et de Fatiha, et d’Olivier.

Ma très grande fierté, c’est ce que vous avez devant vous. Le site est beau, propre, il n’y a pas un gramme de publicité, il est fonctionnel et moderne. Il est à l’image de l’Algérie à laquelle nous aspirons tous. Le contenu est certes limité, mais il vous donne une idée du numéro un, prévu pour la fin du mois d’octobre, et des suivants, pour lesquels vous pourrez écrire.

Je suis très heureux ainsi de vous présenter la première partie d’une nouvelle ainsi qu’une poésie écrites en langue algérienne. La partie consacrée à la langue jazairiya s’étoffera avec le temps, et vous êtes invités à écrire dans cette langue, en caractères arabes ou alphabétiques. Vous êtes également invités à écrire en amazigh. Le cœur de la revue reste francophone, mais il m’a semblé fondamental de prendre date pour l’avenir dès le premier numéro. Nous y reviendrons dans le premier numéro, dont un certain nombre d’articles seront centrés autours de la langue.

Je suis extrêmement heureux aussi de donner la parole à Souad Douibi au sujet de Belaredj et de ces femmes en hayek dont les photographies et les vidéos qui circulent sur le net ont fait d’une simple tenue vestimentaire, le hayek, un geste amusant, frais et quelque part incroyablement nouveau.

Je suis ravi d’inviter Youcef Krache, Khelwi Sino et Ramzi Bensaadi à partager leurs photographies. Vous constaterez que la photographie de Youcef Krache est accompagné d’un petit texte simple, un exercice qui je l’espère se développera et auquel vous êtes tous invités. C’est aussi cela, raconter l’Algérie.

Il y a 14 ans, à la suite d’une longue enquête, Canal Plus diffusait un documentaire sur les « Scopitones arabes », ces petits films musicaux destinés à la clientèle des cafés « arabes » (en réalité majoritairement kabyles). Il s’agit de tout un morceau de l’histoire de l’Algérie, une histoire où l’exil et la réalité sociale raconte le quotidien triste de ces centaines de milliers d’Algériens venus en France pour travailler. J’ai demandé à Michèle Collery qui avait coréalisé ce documentaire de bien vouloir écrire un article. Beaucoup, en Algérie, ignorent cette histoire, et c’est aussi quelque chose sur lequel Nedjma travaillera.

Je voulais écrire sur Nedjma, et puis je n’ai trouvé rien de mieux que de vous en livrer un extrait, comme pour mieux vous inviter à lire ou relire ce roman. Car si pour les plus jeunes Nedjma est avant tout le nom d’un opérateur de téléphonie mobile, il demeure avant tout un point dans l’histoire de la littérature algérienne, aux côté de Dar Sbitar ou Le fils du pauvre, avec une violence toute particulière et une écriture rarement égalée. Que me servait-il donc d’écrire sur Nedjma, pour vous expliquer pourquoi ce nom s’imposait pour cette revue, quand les mots de Kateb Yacine le font infiniment mieux ? Et puis, on pourra publier des nouvelles, et c’est aussi vous montrer que ce site aime aussi la littérature.

Enfin, le 4 octobre approchant, je n’ai pu résister à la tentation de partager le film Demain Alger, pour ceux qui ne le connaissent pas, mais aussi pour ceux qui le connaissent. Incroyable, ces 25 dernières années; songez-y : un algérien sur deux est né après…

Voilà pour le contenu de ce numéro zéro, acte de naissance de cette étoile qui je l’espère parviendra à illuminer le ciel d’Algérie. C’est peu mais il y a déjà tout. Vous seul avez la clef. Je vous offre ce média, c’est vous, désormais, qui le ferez vivre en écrivant, en publiant vos photographies. Moi, je veillerai à ce qu’il soit toujours là, oeuvre littéraire sans cesse renouvelée.

De Tôkyô, jeudi 26 septembre 2013 vers 15:30

Madjid Ben Chikh

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