Nostalgie

J’avais jamais pensé à traduire ce mot en arabe, et pourtant dieu sait combien ce va et vient entre l’arabe et les autres langues que je parle, que je comprends est devenu est une seconde nature.
Mais voilà que ce mot m’invite à cet exercice, je juxtapose, un peu par nervosité, en vitesse, les deux mots: nostalgie et haninne , nostalgie et chawk tout en restant persuadé que je pourrais me faire rattraper par le jeu des nuances et autres contextes étymologiques autant en arabe, qu’en français, ou en anglais voir même en néerlandais peut être bientôt …

Un soir, à la fin d’un film que j’avais attrapé au vol en milieu de soirée sur ARTE, il y eut ce générique, cette voix de Marcel Khalife chantant Mahmoud Derwich… Hanini li khobzi oumi… Et là, l’effet d’une bombe, une sourde explosion en moi, je me rue sur les rangées de CD jamais classés, il faudra encore que j’y pense à mettre de l’ordre dans toutes ces piles, encore une petite ligne sur ma todolist qui fait déjà quelques mètres, ah le temps, le temps, le temps à trouver, le temps à dompter…

Mon regard ne se calma qu’en mettant la main sur cette vieille copie pirate achetée une petite poignée de dinars à Beyrouth il y a un siècle, je fixe la chaîne HI-FI qui avale le précieux sésame puis plus rien… les premières notes de musique, les premiers vers, les premiers vertiges, les premières larmes.
On avait pourtant, pensais-je naïvement, déjà signé cet accord, après d’infinies tergiversations tripartite: cœur, tête, et corps, accord pour ne plus se laisser avoir par le passé, la nostalgie de ce qui était est n’est plus, la vie, c’est le présent mais c’est surtout le futur, pourquoi se mettre alors dans tous ces états pour une stupide chanson de générique
Pourquoi tout ça alors que j’entends le bruit des pelleteuses, des foreuses, les bruits de cet immense chantier que j’ai entamé voilà quelques années, chantier de construction de moi, que les choses prennent leur places propres, qu’on accepte de se laver d’hier, de s’habituer à ses nouvelles chaussures, nouveau ciel, nouveau goût de pain, caresse d’un genre nouveau sur son corps, caresse du vent frais et sec de la mer du nord.
Comment une simple chanson anéantirait ce chantier et m’obligerait à repenser les plans, l’architecture, l’essence de l’être nouveau que je veux être, que je suis en train de devenir

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