De Bab-El-Oued à la Grand place de Bruxelles

Quelques lettres, quelques formulaires, quelques masques, quelques chansons, des ruses avec le système “œil du cyclope” don’t forget Big Brother is always watching you, un Visa, vive le boulot, un billet d’avion, quelques miles, de l’altitudes, nous voilà au Cœur de l’Europe, dans cette ville mélange, dans cette ville tranquille, cette ville sans guerre, cette ville curieuse, ville de regards extrêmement doux et froids à la fois, tantôt ça fonctionne à l’économie des mots, tantôt aux sourires partageurs, aux sourires en forme de grande invite, grande accolade où on serre l’univers de l’autre dans ses bras, pas trop tout de même, on réalise tout de suite que la mer du nord et son vent ne sont jamais loin.

Et quand on se perd dans les dédales des rues pâvetées à la rencontre de l’autre, à la rencontre de soi…. Errance, anonymat des poignets de mains et des formules de politesse, anonymat voulu, anonymat rêvé, appréhendé et voilà que le funambule qui est en moi se noie dans la méditerranée, ou plutôt se réfugie dans le bleu d’une autre rive, d’une autre vie.

La méditerranée, à mi distance entre deux vies, l’une passée et l’une à venir.
Entre ce pays où sans trop de douleurs on tient l’autre, tous les autres, même ceux qui nous sont chers, à distance, par pudeur, par égoïsme, par amour, réflexe vite appris et intégré, puisque l’autre fait de même.
Et de l’autre côté, l’autre rive, l’autre pays, le mien, où depuis l’aube et jusqu’à la nuit noire, on se réunit pour tout faire ensemble, respirer ensemble, manger ensemble, pleurer et crier ensemble, où on est heureux ou malheureux mais toujours ensemble, agglutinés les uns sur les autres, peau contre peau, mais pas pensées contre pensée.. tout cela dans une espèce de vitre ouverte en permanence, par maux et par vaux sur l’extérieur, cet extérieur où hélas on ne sait pas, où on ne peux pas faire usage des mots tel que « je t’aime », « je pense à toi » – c’est normal, ces mots là, c’est du français, c’est à la télé seulement qu’on voit ça, chez les autres, les roumis, et les roumis, c’est colonial, c’est malsain, c’est même pervers et teinté de souffre, on ne dit pas je t’aime dans la ville arabo-musulmane de Sidi Abderrahmane, Alger, jadis blanche, cascade de collines et bras tendus vers la mer, amoureuse en attente, abandonnée par ses amants exilés.

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